La littérature manuscrite en langue vernaculaire et la littérature manuscrite en langue pāli

Une observation générale que l’on peut faire dans les bibliothèques monastiques, et qui contrevient à une idée particulièrement répandue et tenace, c'est que l'écrasante majorité des textes reproduits et diffusés dans les monastères du Cambodge sont bien en langue khmère et non en pæli.

L'enseignement du pæli a pris un certain essor au Cambodge, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Ce dynamisme nouveau est dû d’abord à la réforme venue du Siam, et, plus tard, aux préoccupations universitaires de quelques Français visant à régénérer le bouddhisme khmer. Il semble toutefois que cet enseignement n'a jamais concerné la masse des bikkhu comme ce fut et comme c'est toujours le cas en Thaïlande. L'observation de George Cœdès, selon lequel le Dhammapada††hakathæ, la Maßgalad‚pan‚ A††hækathæ Maßgalasutta et le Sarætthasaßgaha constituent « le fonds de la culture pæli des bonzes siamois et cambodgiens » (Cœdès 1915, 2) est toujours parfaitement exacte, mais il faut ajouter que le plus souvent, ces trois textes se trouvent dans les moanstères du Cambodge dans une traduction khmère.

Cet effort remarquable de traduction en langue vernaculaire – sur les circonstances duquel on manque cruellement d’information sauf à dire qu’il a commencé bien avant la fondation de l'Institut Bouddhique –, avait clairement pour intention de mettre à la disposition des moines du Cambodge, dans la langue qui leur était accessible, les textes approuvés par la réforme normative dont l'influence dépassait largement au Cambodge le seul dhammanytikanikay. Cette nouvelle abondance de textes en langue khmère a eu pour effet secondaire principal la relégation, voire la disparition, du fonds largement non-canonique en langue locale qui avait depuis des siècles donné sa substance à la vie religieuse khmère. Ainsi s'est imposée au Cambodge, au tournant du siècle, une bibliothèque bouddhiste classique, au détriment d'un fonds traditionnel dont l'étude et surtout la reproduction était au même moment passablement découragées. Ainsi de grandes œuvres littéraires dont les développements ornent pourtant les monastères sous forme de peintures murales, comme le Reamker ou le Trai Bhet ont cessé d’être recopiées au point que leurs versions manuscrites sont devenues rares. Plus fondamentalement encore, l'érudition normative nouvelle du saµgha s'est délibérément détachée de la vieille tradition khmère : les textes de cosmogonie réputée « classiques » comme la Trai Bhumi, ont fait l'objet d'une véritable censure de même que les grands ouvrages de doctrine traditionnelle comme le BraÌ DhammavÚßÒuµß, par exemple, ou encore comme le BraÌ Dhammatrai, qui est sans doute le texte le plus authentique et le plus important de la tradition originale du theravæda khmer.

La littérature manuscrite en langue vernaculaire et la littérature manuscrite en langue pāli

L’inventaire de ce qui a réchappé à l’autodafé et l’observation des pratiques renaissantes permettent heureusement de retracer, au moins en partie, ce que fut la vieille tradition du bouddhisme khmer dont François Bizot, le premier, avait signalé la richesse en publiant, en 1976, Le Figuier à cinq branches.